Le vaste globe scintillant illuminait l'espace d'une lueur de rubis blafarde; longtemps les hommes avaient crû y voir un de ces astres communs qui hantent nos cieux. Les premiers explorateurs avaient dû attendre d'être sur une orbite rapprochée avant de réaliser que ce monde n'était pas un soleil,mais l'unique planète d'un système aux confins de la galaxie. La planète ressemblait plus à une naine brune, mais sa véritable nature se révélait par le reflet bleu d'un océan, perdu au milieu de cette marée d'ocre. Pour l'essentiel, ce monde était un désert sec à l'éclat carmin inhabituel, en raison de sa grande proximité avec son soleil et de la richesse en silice de ses étendues sablonneuses. Cette proximité et la grande régularité de révolution de la planète étaient suffisantes pour que se développe un climat assez stable sinon tempéré, et qui avait conditionné l'émergence de formes de vies primitives....La lumière solaire éclaira un instant la surface d'un objet métallique filant vers le planétoïde. C'était un vieux vaisseau de colonisation MarkIII de l'Empire, vestige d'une technologie maintenant dépassée, et qui représentait l'espoir d'une vie harmonieuse pour ses occupants. Loin de tout, ces pionniers avaient fuit les régimes tyranniques et corrompus qui les avaient jusqu'alors privés de toutes jouissances. Après un rapide examen de la planète aux scanners, elle fut baptisée Jogata, en souvenir des merveilles d'une autre aire. Très rapidement, une nouvelle société vit le jour, constituée autour des valeurs de libertés, de solidarités et d'équités. Rien ne manquait aux nouveaux habitants de la planète, pas même l'envie de renouveler des contacts avec leurs semblables et tous les jours étaient jours de fête, la violence n'avait là plus de sens. La découverte d'une espèce autochtone douée d'intelligence renforça même les liens culturels tissés à l'intérieur de la société. Tous les habitants étaient en harmonie avec eux-mêmes et la nature environnante. Mais pour l'Empire, qui considère ces déviants comme des traîtres, et comme source d'inspiration pour les mouvements de résistance, Jogata par son existence même était vouée à la fin que connaissent toutes les victimes des systèmes totalitaires. Sa nature profondément pacifique, la notion de guerre oubliée depuis des générations, la rendait totalement impuissante face à la violence et l'essence même du mal impérial. Un matin de plus, le soleil se leva sur Jogata, mais à la voir maintenant on aurait crû que la nuit avait laissé sa marque sombre sur toute sa surface. De sa couleur ocre, il ne restait plus rien, excepté quelques taches éparses au milieu d'une boule d'encre noire. Le sceau de l'Empire frappait de manière terrible ce monde autrefois si beau, maintenant parsemé de cratères fumants, sans même l'ombre d'une quelconque forme de vie. Jogata était morte pour que vive l'Empire et son cortège de malheurs. Plus jamais de Jogata ! !
Quand les hommes remontent dans l'histoire de leur passé, il arrive un moment où nul ne sait plus comment tout a commencé. La guerre fratricide entre nos deux empires était parti intégrante des esprits, elle était devenue une mortelle habitude des corps. Du reste c'était notre seule raison d'être et vivre pour tuer avait ici le même sens que tuer pour vivre. C'est dans cet état d'esprit que j'avais fait mes premières classes à l'Académie, que j'avais tué sans même en réaliser la portée, et que je me retrouvais maintenant dans ce croiseur de notre fière marine. Je me souviens aussi de l'ironie complaisante avec laquelle nous comparions le prestige de ce vaisseau à la masse de tous ceux dont il avait causé la perte. Je ne savais pas encore qu'en liant mon âme au destin de ce monstre de métal la vérité me serait révélée La mission que je devais mener à bien était un véritable cas d'école ; il s'agissait de réduire à néant une bande de dégénérés pacifistes. J'ai encore en mémoire cette phrase de mon enseigne me disant au sortir du briefing ; Etre pacifiste est la pire des folies que je connaisse, heureusement que l'Empire veille à les guider à nouveau sur la voie du bon sens ». Cette voie du bon sens, j'allais pour l'énième fois l'appliquer. Mais plus je relisais les rapports, plus j'avais la conviction que nos pacifistes n'étaient pas seulement de « tranquilles » fermiers mais une véritable entité, il fallait donc jouer serré. Apparemment ils avaient réussit à échapper au regard de l'Empire, jusqu'à même former une sorte de pseudo institution républicaine. Je me surpris à penser que nos forces ne seraient peut-être pas à la hauteur. Mais la réalité est que personne ne résiste à la volonté de l'Empire et de son dirigeant très éclairé, nos forces n'en feraient donc qu'une bouchée. avec le recul, je m'amuse de ce discours de jeune coq prétentieux et conditionné C'est donc tout naturellement que nous fîmes route vers les mondes de la Res Publica. Trois jours plus tard, nous étions en vue de la planète Oldée, le principal foyer d'agitation du secteur. A peine avions nous commencé à balayer les environs au scanner que tous les voyants d'alertes s'illuminèrent. Droit devant nous venaient d'apparaître une douzaine de croiseurs lourds Panther entourés d'une constellation de petits chasseurs de modèle inconnu. Les ordres fusaient de partout sur la passerelle en même temps que je lançais les sommations d'usage ; « La loyauté ou la mort... » C'est à ce moment que mon enseigne, d'habitude inébranlable, vint me voir en me disant que la bataille était perdue. Trois secondes plus tard il agonisait sur le sol,derrière lui se tenait debout le perfide légat de l'Empereur, une arme encore fumante à la main ; « La loyauté mon cher, la loyauté », me dit-il. Cette faiblesse d'un homme ainsi que sa fin étaient passées complètement inaperçue au milieu du tumulte général, d'autant plus que nos ennemis avaient déjà ouvert le feu Du haut de mon poste de commandement, j'essayais tant bien que mal d'organiser la riposte, mais la retraite s'imposait. Jamais chose plus horrible ne m'était arrivée, mon honneur ridicule d'officier me poussait à tous nous sacrifier plutôt que de perdre la face Nous n'avions déjà plus d'escorte de chasse et la carcasse de notre bonvieux Cobra Mk III grinçait de toute part. Je devinais dans ces bruits la plainte de notre vaisseau, qui était encore plus accentuée par les regards résolus mais réprobateurs de l'ensemble de l'équipage. C'est à ce moment que je me suis dit que s'il devait y avoir encore mort d'homme, le premier serait ce légat, tortionnaire des âmes. Je ne sais comment, mais quand je me suis levé de mon siège, tous avaient compris, et de cet équipage glorieux d'autrefois il ne restait devant moi que des mutins, extériorisant leur haine contre le représentant de l'Empire... Apparemment, nos ennemis n'avaient pas les mêmes habitudes que les nôtres ; au lieu de nous exterminer, ils avaient cessé le feu à la vue du silence de nos armes. Ceci étant d'autant plus heureux que notre radio venait de rendre l'âme Deux semaines plus tard, nous étions tous rassemblés sur Oldée. J'avais moi-même prêté serment à nos hôtes et nouveaux amis, au début plus par dépit et colère, car trahit par notre empire. Mais très vite la découverte de leurs idéaux a littéralement bouleversé mon système de pensée. Depuis, je ne cesse de me rappeler ce jour heureux où le destin voulu que nous fussions libres . Parfois je me promène sur les rivages de l'océan Liberté, et je m'amuse à contempler les restes de notre croiseur écrasé là. En m'approchantde l'épave, j'y ai découvert un de mes anciens bibelots, avec une inscription gravée dessus ; « A VaHadar, .services rendus à l'Empire . ». Je me souviendrais toujours de cette impression de liberté ressentie au moment où, lancé vers l'horizon, je le vis peu à peu disparaître, engloutit par les flots

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