Le dernier combat
Tous les peuples naissent, se développent et disparaissent un jour victimes de leur technologie ou de l'ambition des autres
Je suis l'un des derniers représentant de ma race, je suis un Rodhanien, sans terre et sans patrie à ce jour. Ceci est mon histoire ainsi que celle de quelques-uns de mes compagnons qui ont survécu à la destruction de notre civilisation. Je passerai sur mon enfance troublée et une adolescence difficile et en viendrais au fait qui changea ma vie à tout jamais. En ce temps là, j'avais une affectation de second lieutenant sur un croiseur spatial
EXTRAITS DU DERNIER GRAND COMBAT, ARCHIVES 18171289B DE LA BANQUE DE DONNEES DU CROISEUR AMIRAL MANYGALMAR
Année galactique 223-18744 suivant le calendrier Rodhan, quelque part au-dessus de la planète référencée VECOLOG 171
« Ils nous ont repérés, ma Dame
»
Le second Lieutenant Myrdral avait agit par pur réflexe, il savait pourtant bien que le pacha n'aimait ce diminutif un peu trop féminin. Il en fut aussitôt honteux et la chose se confirma lorsqu'elle lui jeta un regard noir.
« Du calme les tits gars. Qu'y viennent vers nous. Et attendez qu'ils arrivent plus près. Faut pas offrir le spectacle trop tôt à c'te racaille. »
Les puissants moteurs du croiseur lourd Manygalmar étaient en veille, pas une lampe n'était allumée, même les complexes instruments composant des pupitres de commande semblaient sans vie, et pourtant des milliers d'yeux regardaient les vaisseaux ennemis monter. Tout le monde retenait son souffle et les visages pâles et mal rasés dus à de trop longues veilles laissaient filtrer une certaine inquiétude malgré le doux ronronnement des boucliers de protection qui avaient été activés quelques minutes auparavant. Tous avaient encore en esprit l'attaque soudaine et horrible perpétrée contre leur chère planète au doux nom de Rodhania. L'affaire avait été réglée en moins de dix minutes, l'armada des Cerbères avait fondu sur leur planète sans se soucier des énormes pertes qu'elle subissait au passage, les défenses orbitales furent enfoncées puis balayées en trois minutes, les canons à ions postés au sol firent un véritable carton sur les premiers assaillants qui entraient dans l'atmosphère, mais leurs nombres de plus en plus croissant en eurent raison aussi. La dernière batterie fut détruite quatre minutes après le début de l'engagement au sol. Alors contre toute attente, les vaisseaux agresseurs firent volte face et repartirent dans l'espace sans toucher aux grandes cités et se mirent à distance respectable de la planète, quand un bruit sourd attira l'attention. Une forme noire, effilée en forme de flèche apparue au-dessus de la cité royale, le centre nerveux et le berceau de la civilisation rhodanienne. Un destructeur AM comme nous l'apprirent plus tard. Ce qui s'en suivit dépassa l'imagination, le vaisseau noir explosa sans bruit en une fraction de seconde et un halo lumineux violet se propagea dans toutes les directions à une vitesse exponentielle, dévorant tout sur son passage. Notre planète et plus de 32 milliards d'habitants disparurent sept dixièmes de seconde plus tard, foudroyés par le terrible vaisseau kamikaze contenant une charge d'anti-matière
.
Nous sommes en ce moment dans un système Cerbère, à plus de trois cent années-lumière de notre ex-patrie. Après dix-huit mois de recherche intensive nous les avons enfin débusqués, ces salauds, ces tueurs froids qui se prétendent les maîtres de la galaxie. Ils vont payer au centuple avec les intérêts aujourd'hui ce que notre peuple a subi. Nous étions lors de ce jour a tout jamais maudit en exercice dans un lointain système à tester notre premier croiseur lourd interstellaire, le Manygalmar, une grande nouveauté pour nous qui ne possédions que juste à présent des intercepteurs et des frégates, fleuron des chantiers Rodhanien, précurseur d'un renouveau de la flotte qui n'arrivera plus jamais.
Nous sommes les seuls représentants encore vivants de notre race, et la mentalité de barbares que nous avons mis de nombreux millénaires à effacer est en train de ressurgir avec l'excitation du combat tout proche.
« Pas encore. Nan, laissez-les avancer un tit peu plus
»
Déjà, plusieurs centaines de vaisseaux remontaient de cette maudite planète et fonçaient droit sur nous. Le manège s'amplifia en même temps que le mélange excitation-inquiétude qui nous prenaient au ventre.
Seul le pacha Rinia Lauryal semblait garder son sang froid. C'était une femme de trempe, petite brune aux formes avantageuses dans sa jeunesse mais qui avec le poids des années et des soucis se trouvait maintenant sur le déclin de sa beauté. Elle avait gagné ses gallons par sa seule force de caractère et son courage lors des campagnes contre la rébellion des colonies, et ses trois milles hommes et femmes d'équipage lui étaient dévoués corps et âmes avec le respect digne d'une mère. Seul son langage plutôt châtié faisait tâche d'huile sur sa glorieuse histoire.
De plus en plus de chasseurs ennemis apparaissaient et les écrans de surveillances en quelques instants furent surchargés.
« Bordel de merde, y en a vraiment partout
Attention... »
Rinia appuya sans hésitations sur un petit bouton positionné sur le pupitre de son siège de commandement. Tous les postes de combats reçurent l'ordre en même temps sous la forme d'une impulsion en hyper fréquence.
« FEU ! »
Au dehors, l'univers froid et obscur se transforma soudain en un superbe ballet de lumière sous l'action combiné des quatre cents postes d'artillerie du croiseur. L'enfer se déchaîna