A cette époque, les êtres humains sur Terra étaient innombrables (plusieurs centaines de milliards). Les cités abritant cette population étaient énormes, tantôt aériennes, flirtant avec les nuages, tantôt subaquatiques, s'étendant à perte de vue sur les strates sous-marines. La technologie avait fais un bond en avant deux siècles plus tôt, mais il était déjà trop tard. L'humanité s'attendait au Grand Cataclysme. En effet, orbitant autour de la planète, la cosmobase Terra I pourvue de radars puissants, de sondeurs magnétiques et de spectromètres à haute résolution prévoyait un changement climatique d'une ampleur telle, que les précédents pouvaient être considérés comme négligeables. Depuis plusieurs années déjà, les Gaëls oeuvraient avec ardeur à leur projet : la construction de trois vaisseaux interstellaires capables d'embarquer leur peuple et d'une vitesse prodigieuse. Ils affichaient des dimensions extraordinaires, plusieurs kilomètres de long et de large, équipés de jardins, ferme d'élevage et tout ce qui était nécessaire à leur destinée.
Ils partirent un mardi et restèrent sept ans dans le système solaire, effectuant de savants calcul afin de repérer une planète viable. Cette recherche aboutit à un cuisant échec. Noéa, le Commandant de flottille décida qu'il faudrait en sortir et se lancer dans une exploration longue et périlleuse. C'est alors que s'exprima Ladra, l'As des pilotes gaëliques.
- Je suis inquiet Commandant. Je sais que la CPU est capable de tracer des routes en évitant des amas d'astéroïdes, mais il subsiste une probabilité de collision avec des rogues.
Noéa hocha gravement la tête. "J'en suis conscient, mais nous n'avons d'autre choix, nous devons partir".
Ce à quoi s'astreint le pilote. L'ordinateur calcula rapidement la route de sortie la moins aléatoire et les moteurs crachèrent leur phénoménale puissance.
Ils mirent huit jours pour rallier l'orbite de Vénus, puis vingt de plus pour celle de Saturne. Ils restèrent un jour dans son voisinage afin de recalculer leur route, la tension était perceptible et un silence de mort régnait à bord. Il leur fallait traverser la ceinture de Kuiper. Cela pris vingt jours.
Après dix-huit ans de navigation au-delà de la vitesse lumière, un bip retentit. L'équipage sortit de sa léthargie forcée et Ladra essaya d'établir le contact avec les deux autres vaisseaux, en vain. Il ne restait plus que le leur, le "Celtic Sparrow", les rogues avaient eu les autres.
- Commandant, le scanneur a détécté une planète viable. Atmosphère correcte, pression correcte, température correcte. Aucune menace. Je détecte aussi une forme de vie, mais aucune trace de technologie.
- Bien, je vous laisse le commandement, amenez-nous à bon port.
L'ordinateur émit de petits sons caractéristiques et quelques secondes plus tard, le "Celtic Sparrow" était en orbite géostationnaire.
Après des siècles de colonisation, les mondes viables sous autorité ciilthe se comptaient par centaines, dont le dernier, la planète verte, Tir-na-nOg, ou terre d'espérance.
Une femme du nom de Cessair avait reçu le commandement de la mission de colonisation qui la mena, elle et ses subordonnés, à la planète forestière.
Lorsqu'ils eurent mis le pied sur celle-ci, Cessair leur dit : "Nous voici sur une planète qui ne connaîtra pas le sinistre destin de Terra. Nous sommes à l'extrémité de la galaxie, établissons-nous sur cette terre et construisons des cités pour nous abriter".
Toutefois, Terra ne connut pas le triste sort que l'humanité avait prévu. Le Grand Cataclysme passé, l'humanité, réduite à quelques centaines de milliers d'êtres, se jura de rétablir l'équilibre climatologique de leur Monde. De celui-ci naquit un peuple qu'on appela ensuite les Fomoré, eux qui assaillirent le Peuple ciilthe à de nombreuses reprises et devinrent un empire de sombre réputation.
Les Ciilthe firent le tour de la planète et décidèrent de s'établir à l'endroit qui leur parut le plus fertile. On raconte que c'était celui que l'on nomme maintenant Mag Inis. Leur nouveau Monde était constitué de nombreux grands lacs et de vastes étendues forestières. La population augmenta et plusieurs cités furent érigées.
Là-dessus, la première guerre contre les Fomoré éclata, ils étaient venus des mondes des nuages stellaires à bord de leur vaisseaux. Leur armée était simple, mais n'en était pas moins d'une force colossale. Leur Général se nommait Cichol, et la bataille dura un an, les Fomoré furent repoussés et la vie continua. Partholon, qui était un descendant de Cessair, mais aussi l'Ardri des Gaëls, surprit sa femme couchant avec son Premier Conseiller. Il entra dans une violente colère et tua celui-ci. Sa fonction ne le sauva pas pour autant de la peine capitale. Après sa mort, ses conseillers divisèrent le pouvoir politique comme suit :
Ardri ; Président
Ri Cóiceda ; Responsable provincial
Ri Tuáithe ; Responsable cantonal
Ce fut le premier partage de la planète forestière. Les Gaëls développèrent leurs infrastructures et établirent le Peuple ciilthe sur la terre d'espérance. Cinq cent vingt ans plus tard, une épidémie frappa la population et réduisit à néant la colonisation de la planète verte. Il fallut attendre trente ans pour mettre sur pied la prochaine expédition.
Ceci marqua la fin de la première période (Partholon), nommée ainsi en l'honneur du premier Président de Tir-na-nOg.
Le récit de la seconde période (Nemed) suivra ultérieurement.