La cité d'Uruz s'étendait à perte de vue, gigantesque mégapole de 45 millions d'habitants. Lorsque l'on montait au dernier étage de la mairie, bâtiment dominant largement le reste de la ville, on pouvait apercevoir les différents édifices à des kilomètres de là, et, dans le lointain, les teintes verdâtres de la planète forestière rappelaient aux habitants des temps anciens ou celle-ci était vierge de toute construction.
Les hommes-foudre étaient de rudes travailleurs, et ils en étaient fies, fiers de leur technologie, de leur pouvoir sur la matière. En effet, dans les entrailles de la planète verte se trouvaient les laboratoires de recherche et les usines de production. Tout cela était géré par des hommes à la puissance considérable, les techno-gouverneurs. Ils ne remontaient guère à la surface, s'adonnant corps et âme à leur fonction. Outre les ouvriers qualifiés s'occupant de la programmation des chaînes de montage automatisées à outrance et les manutentionnaires aux commandes de leurs bi et quadripodes, on pouvait rencontrer un nombre considérables de gardes urbains. La vie souterraine n'était pas facile et malgré les nombreux divertissements mis à disposition, de fréquentes bagarres éclataient. Plusieurs fois la catastrophe avait été évitée de justesse et l'ordre ne régnait que par la volonté des commandants de la Garde.
Au contraire, à la surface, la Loi et l'ordre régnaient sans peine.
La situation conflictuelle avec les Fomoré s'était atténué à tel point que les citoyens avaient fini par les oublier. Ceci eu pour conséquence d'instaurer une aire de paix prolongée propice au développement. Malgré tout, la flotte ciilthe restait en alerte permanente et des générations entières étaient formées à l'art de la guerre. Un fois cette voie choisie, l'individu ne pouvait faire volte-face, seule la mort le libérerait. Ceux-ci étaient infiniment respectés, seul garant contre la folie et la barbarie venue des confins de l'univers.
Généralement, chaque famille envoyait un ou deux jeunes membres du clan. La voix du guerrier s'apparentait à une vie monastique et ceux-ci ne procréeraient pas, ils maintiendraient le rang du clan en son état ou l'élèveraient. Telle était la voie, telle était leur vie.
Angus Famnir contemplait la vue depuis son bureau de titane et de verre, cela faisait bien longtemps qu'il était maire, bien trop longtemps se disait-il. Il n'avait jamais songé au jour ou il prendrait sa retraite et jouirait du reste de sa vie avec sa compagne.
Il réfléchit à haute voix ;
« Ce jour là, je devrai partir, je ne contemplerai plus cette vue magnifique, jamais plus. »
Il s'enfonça encore un peu plus dans son énorme fauteuil. Angus était respecté de ses concitoyens, il aimait son poste de maire, et maintes fois avait remis sa retraite à plus tard. Il songeait à l'époque ou il avait pris ses fonctions, il était jeune et puissant. Il avait contribué pour beaucoup à l'expansion d'Uruz, et pourtant, une amertume le malmenait chaque jour, une impression désagréable de n'avoir pas fais ce qu'il fallait, de n'avoir pas su gérer correctement cette cité qu'il aimait tant. Le monde souterrain créait de nombreux problèmes, bien trop nombreux à son goût. Comment une telle dérive avait-elle pu se produire ? N'avait-il pas tout fais pour qu'ils soient heureux ? Les soins et les divertissements étaient entièrement financés par la cité, ils avaient la possibilité de partir en pré-retraite étant dans la fleur de l'âge, une habitation leurs serait mise à disposition, loin du stress d'Uruz. Mais peut-être était-ce la lueur du jour qui manquait, Peut-être
Occupé par ses pensées, il n'entendit pas tout de suite le bip émit par son transmetteur. Lorsqu'il revint à la réalité des choses de sa vie, de son devoir, il s'étira longuement avant de répondre. Il admira le couché de soleil durant un bref instant, puis se résout à appuyer sur la touche de réception.
« Monsieur ? Avez-vous un problème ? Des soucis ? »
C'était Magna Anternall, le meilleur techno-gouverneur qu'il avait eu sous sa responsabilité. L'homme était de bonne stature malgré son âge déjà avancé. Il aimait son travail et avait souvent de longues conversation avec Angus. Ils aimaient converser de choses et d'autres, quand bien même ils n'avaient aucune informations officielles à transmettre.
« Non, non, tout va bien, merci. »
« Comment vas-tu Magna ? De parlerons-nous aujourd'hui ? »
Il lui sourit.
« Bien Monsieur, je vais bien. »
Magna sourit à son tour.
« Quand donc cesseras-tu de m'appeler Monsieur ? »
« Jamais Monsieur, ce serait vous manquer de respect. »
« Moui, si tu veux. Alors ? Pourquoi voulais tu me parler ? »
Magna paraissait nerveux, ce qui était chose rare pour cet homme de nature calme et réfléchie. Jamais encore Angus ne l'avait vu avec le teint aussi livide, cela ne présageait rien de bon.
« Nous avons un problème, un groupe de quelques milliers d'ouvriers tiennent la fonderie et l'armurerie, ils menacent de tuer toute personne qui approchera. »
« A-t-on pu parlementer avec eux ? »
« Oui, mais sans succès. »
« Ont-ils posé des conditions ? »
« En fait, leurs conditions ne sont pas très claires, il semblerait qu'ils ne veuillent plus vivre sous terre. Ils prétendent que la mortalité infantile s'accroît d'année en année et que le manque de soleil en serait la cause. »
« De quoi avez-vous besoin là-bas ? »
« J'aimerais que vous envoyiez une division de la garde urbaine, que nous puissions circonscrire les mutins. »
« Une division ?? C'est si grave que ça ? Voyons Magna, tu sais pertinemment qu'ils ne laisseront aucun survivants !! Tu connais Ahrganian Maghian, ce n'est pas trop dans sa philosophie. »
Ahrganian Maghian était le commandant de la garde urbaine, c'était un homme froid et insensible. Souvent Angus avait dû mettre un frein à sa brutalité. C'était simple, pour Ahrganian, un mutin ou un agitateur était considéré comme non-citoyen du fait du peu de civisme de leur action. Ils devaient donc être supprimés.
Après de longues tergiversations, le maire s'astreint à envoyer la division demandée par Magna. Il n'aimait pas cela, mais aimerait encore moins que le Haut-Conseil de Tir-na-nOg vienne mettre son nez dans ses affaires. Et si l'Ardrì venait à prendre connaissance d'une rébellion, il le destituerait à coup sûr. La honte se jetterait sur son clan et sa famille, et rien que cette idée le répugnait. Il envoya donc la Division Uruz.
Lorsqu'Ahrganian reçu l'ordre de marche, il ordonna aussitôt la mise sur pied de ses troupes. La division fit mouvement vers le lieu de l'insurrection et annihila la rébellion. Mètre par mètre, ils avançaient, implacables. Leurs fusils à compression laser faisaient mouche à tous les coups, et bientôt, les cadavres jonchaient le sol. La répression fut si violente que le techno-gouverneur se demanda si il avait bien fais.
Le calme une fois revenu, le commandant de la Garde insista afin de garder la Division Uruz en alerte dans la garnison prévue à cet effet. Les unités de production continueraient de tourner, il en fit le serment.
Mais la présence de la Garde fit monter l'animosité de la population d'ouvriers, le couvre-feu avait été décrété et les gardes urbains se conduisaient d'une façon plutôt inattendue. Soit vous obéissiez aux règles ou alors ils vous supprimaient. Le maire eu beau émettre des injonctions à ce régime totalitaire, rien n'y fit. Angus Famnir et Magna Anternall furent destitués et Ahrganian Maghian prit le pouvoir.
Partout, dans toutes les grandes cités de Tir-na-nOg, les commandants de la Garde Urbaine prenaient le pouvoir, maintenant dans un gant de fer la population.
Ainsi se termina la paix civile sur la planète forestière. Et une ère de terreur s'installa bientôt. Les responsables politiques furent assignés à résidence et l'obscurantisme englouti ce monde auparavant si ouvert.

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