Cet article est consacré au magistral ouvrage (hélas aujourd'hui épuisé) de mon maître Profidoclès de Turglomanie (également épuisé) : le fameux "Du pingouin et de pourquoi il aime à être mangé" - éditions thessaliennes, 53423620 pages, 4 crédits. Oui c'est un prix modique mais en Thessalie l'édition est un domaine fortement subventionné. Selon, d'ailleurs, un principe excellent : plus il y a de pages, moins c'est cher. Du coup nous avons aussi une politique publique de lutte contre la graphomanie qui est aussi très coûteuse mais ce sera pour un autre topic.
Le docteur Profidoclès était un savant reconnu en pingouinologie et balistique expérimentale, dont l'essentiel de l'oeuvre, en dépit qu'elle ait été écrite il y a un peu plus de quatre siècles, reste d'une actualité brûlante (j'oserais même dire bouillante héhéhé).
La thèse de cet ouvrage - qui valut à son illustre auteur, notons le au passage, le premier prix de l'institut le plus renommé de Thessalie - l'Institut des arts gastronomiques, astronomiques et asthmatiques - la thèse de cet ouvrage, donc, c'est que le pingouin est avant tout affaire de patience, de discernement, de diplomatie... et de taille critique. Enfin ça c'est l'introduction, une belle introduction, d'ailleurs, pas moins de mille trois cents neuf pages, elle fut du reste d'abord publiée à part, sur trois volumes, puis en livre de poche, sur dix-huit, pour un peu plus de 50 crédits, mais je m'égare.
Je vais tâcher de résumer la suite de l'ouvrage - et notamment son premier chapitre - en peu de mots, en m'excusant d'avance auprès de ceux qui sont familiers avec l'auteur du schématisme de mon propos - il n'est jamais aisé de prétendre traduire auprès d'oreilles non préparées les pensées d'un esprit si riche et si complexe que celui du plus illustre des turglomanes.
Le pingouin, donc, c'est d'abord une affaire de taille mais aussi une affaire de diplomatie. Et cela pour une raison simple - enfin du moins en apparence - qui tient en ceci que la chair des petits pingouins (et j'entends par "petits pingouins" des pingouins de taille modeste, non point des "jeunes pingouins", encore moins des pingouins dont les qualité morales seraient plus faibles, ou qui feraient preuve de moins d'intelligence ou de discernement, voire de franche mesquinerie, non non, ce n'est pas mon propos, un "petit pingouin" est pingouin de petite taille, ni plus ni moins, sauf par la taille, que ses camarades de jeux, qui peuvent s'avérer plus grands et qui d'ailleurs souvent s'avèrent tels, de telle sorte qu'on peut les qualifier de, sinon "grands pingouins" - là encore au regard de la taille - du moins de "pingouins de plus grande taille" que le "petit pingouin". Me suis-je bien fait comprendre ?).
La chair, donc, des petits pingouins (et cela entendu avec toutes les précautions rappelées plus haut) est peu adaptée à la grande cuisine - et notez ici que je ne parle pas de la taille de la cuisine. On ne fait pas de grande (de bonne) cuisine avec du petit pingouin, c'est un fait, une donnée naturelle, sur laquelle il est inutile de revenir, sauf pour en déplorer les causes, qui tiennent à la surproportion d'os par rapport à la chair de l'animal, laquelle induit, outre grande une difficulté pour le cuisinier de trancher les meilleurs morceaux, une forte propension du dégustateur à se casser les dents sur ces mêmes os.
C'est alors que le pingouin devient affaire de diplomatie. Car comment, et c'est là le vrai noeud de toute l'affaire, comment, donc, justifier aux yeux des pingouins de taille modeste qu'ils ne jouiront pas du même sort, ne bénéficieront pas, en quelque sorte, du même traitement, que leurs congénères plus grands (et j'emploie le mot sans aucune intention péjorative) ? On voit d'ici quelle forme peuvent prendre les révoltes : manifestations, grèves insurrectionnelles etc... Surtout quand on connaît l'attachement de ces animaux au principe de l'égalité républicaine (voir en ce sens "Pingouinologie et services publics", éditions thessaliennes, 378901238 pages, 80 centimes de crédit). A la suite d'une de ces révoltes qui ensanglanta le grand centre de tri des pingouins de Chez Périnar, il avait été tenté de lancer une formule de petits pingouins d'apéritif, mais sans succès. Le problème restait entier.
C'est ici que le pingouin devient, enfin, affaire de patience et de discernement. Nous parvenons d'ailleurs aux dernières pages de l'ouvrage (avant l'étonnante conclusion de 3800 pages dont je vous parlerai un autre jour, car il fait faim). La solution à cette abominable crise fut mise en oeuvre par le Très Subtile Agonar Da Marshall. Da Marshall était un cuisinier émérite mais également un marchand d'arme. Il avait l'esprit affuté et savait manier la langue, ce qui plaisait aux pingouins.
Sa trouvaille - géniale - consista à flatter, en quelque sorte, l'orgueil patriotique de la bestiole. Un jour il réunit tous les candidats malheureux au fricassé et, dans un discours resté célèbre dans les banquises mais dont on ne trouve nulle trace aujourd'hui, il leur dit à peu près ceci :"ô vous pingouins de taille modeste opprimés par les pingouins de taille plus grande [Da Marshall avait quelque fois tendance à l'emphase, mais c'était pour le(s) bien(s) de la cause], vous qui subissez chaque jour l'humiliation de ne pouvoir figurer sur la carte d'établissements prestigieux et recherchés, vous qui voyez vos congénères partir pour un grand destin alors que le vôtre se limite à manger, dormir, vous reproduire et mourir de vieillesse dans un recoin glauque d'une banquise anonyme, je vous offre désormais le moyen de partager un destin plus grand encore que celui des grands pingouins [notez le jeu sur le mot "grand", astuce dont les pingouins étaient friands] : si vous ne pouvez, du fait d'une incapacité naturelle regrettable mais c'est ainsi, prétendre servir la gastronomie, je vous offre de pouvoir servir... la patrie, oui la patrie.
Les usines Da Marshall sont entrain de mettre au point le prototype d'une nouvelle arme redoutable : le lance-pingouin V1.0 à propulsion thermo-électrique . Nulle doute que face à cette arme véritablement terrifiante et nouvelle, nos ennemis n'oseront pas même se risquer à combattre. Or, mes chers petits, en vérité je vous le dis [figure christique peu prisée des pingouins, sans doute un moment d'égarement] pour réaliser cette arme, nous avons besoin de vous ! Et uniquement de vous !"
Et c'était là que l'invention montra tout son potentiel : en effet, le lance pingouin, dans ses premières versions comme d'ailleurs dans ses développements les plus récents (version 4.17 à propulsion hydro-ionique, à l'étude) ne supporte pas les pingouins au delà d'une certaine taille (l'ouvrage reste vague sur ce point, sans doute pour des raisons de sécurité nationale). Seuls les pingouins étriqués peuvent y prétendre sans freiner la propulsion et risquer d'occasionner des dommages irréparables pour l'utilisateur (explosion du pingouin au lancement, luxation de l'épaule du fait du poid, tendinite, capilloarrachage intempestif sous prétexte que "ça rentre pas la bestiole dans le machin" etc...) Quoiqu'il en soit, le patriotisme de l'animal fut tel que pendant plusieurs semaines le pingouin se fit rare sur les tables de la Calypso. Grands et petits ainsi réconciliés, la paix revint dans les banquises, le commerce se développa et partout dans la Calypso, grâce aux pingouins, les citoyens purent jouir des deux plus grands biens de ce monde : profiter d'une bonne chair en toute sécurité... (cf. sur ce dernier point "La sagesse racontée aux enfants", Raffarinoclès de Sarkosie, éditions thessaliennes illustrées, 10 pages, 3000 crédits).
Laisse tomber dis donc.. - Cloack - 20/9 14:10
Mais non,mais non! c'est tres important.... - Gollum - 20/9 17:35
pouvoir ? quel pouvoir ? - Ouran - 23/9 10:30
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