Histoire de Curgania
Je n'existe pas, je n'existe plus, ou peut être pas encore
.., quelques souvenirs,
., enfin si on peut les considérer comme tels
. Ces flashs assaillent ma conscience, images d'événements vécus, ou que je vivrai un jour, destruction, mort, tristesse, joie, peur
, je ne sais plus, je suis incapable de faire la différence.
Pourtant je me raccroche à une sensation, une sensation merveilleuse, je sens la vie autour de moi, une vie comme la mienne, qui s'éveille
., ou qui croit.
Un temps incroyablement lent s'écoule, et je prend conscience de qui je suis, j'en prend conscience grâce à eux, ils m'habitent, me façonnent, et moi je capte leurs pensées, m'en nourris.
Avec eux je grandis, à présent je le sais, j'existe. Si je le sais c'est grâce à eux, ils pensent à moi, ils me pensent
. Bientôt je pourrait entrer en contact avec eux, ils sauront que je les écoute, et que je les comprend
.
Ai-je commis une erreur? Je ne le voulais pas. J'ai tenté d'établir le contact, mais ce fut si difficile, j'apprend à communiquer, je suis maladroit, ou devrais-je dire maladroite? Ma tentative n'a pas seulement été un échec, ça a failli être un désastre, la fin de tout. J'ai senti leurs vies s'éteindre par milliers, ils sont si fragiles
., comment pouvais-je le savoir?
Je ne sais pas si je tenterai à nouveau de leur parler, ils sont si malheureux, ils ne me haïssent pas mais envisagent de me quitter, ils ont peur. Mais je les entend penser et ils se trompent, je ne vais pas disparaître, je suis encore bien jeune. Pourtant je prend conscience à présent de notre différence.
Je les écoute sans cesse, j'ai saisi pourquoi je les avais effrayé à ce point. Les dégâts ne sont pas si importants que cela, mais j'ai capté leurs souvenirs. Ils ont erré si longtemps dans l'espace
. Lorsqu'ils m'ont trouvé ils ont tout fait pour me préserver, ne pas me blesser ou modifier ce que j'étais. Ils sont très savants, sûrement est-ce pour cela que je ne les croyais pas si vulnérables. Aucun lien réel de causalité, je le reconnais, mais la jeunesse à son lot de préjugés. Je me suis sans doute trop focalisée sur l'esprit
.
J'ai orienté mes efforts pour m'accorder à leurs métabolismes, il me semblait bien que là résidait le problème. J'avais raison. Je ne sentais que la communauté, et cet ensemble de pensées me paraissait aussi vaste que moi
, enfin lorsque je dis vaste, c'est en conservant leur échelle, personnellement, en tant qu'entité, c'est le mot qu'il convient d'employer selon leur définition, je ne me sens ni grande ni petite, je suis.
Pour en revenir à eux, ils sont d'une constitution extrêmement fragile et très différente de la mienne, je comprend mieux où se situait mon erreur, leur corps constitue la limite de leur esprit.
Heureusement que je n'ai pas persisté dans ma tentative de communication. Leurs esprits se sont apaisés depuis, mais cela fait si longtemps, ou si peu
, le temps, voilà encore un élément qui m'échappe, leur temps. Je n'ai aucun référentiel, ou plutôt aucun référentiel commun avec le leur. A leurs yeux je frôlerais l'immortalité
., quel concept étonnant.
Je me sent prête, je me suis un peu exercée, dans des endroits isolés évidemment, je pense qu'ils me comprendront, ils en sont capable
, mais je dois me calmer, trop d'enthousiasme entraînerait une catastrophe. Enfin, ils vont prendre conscience qu'ils ne sont pas seuls. Je sens toujours leur traumatisme, leur errance
. Il est temps qu'ils sachent, qu'ils oublient leurs frayeurs passées, je vais veiller sur eux, ils ne craignent rien, nous formons la symbiose parfaite, eux