La brume bleutée s'effilocha en tourbillonnant tandis que s'y mélangeait une fumée grise.<br/>La flamme brûlante et grondante lécha la roche enduite d'une substance gélatineuse translucide qui rapidement noircit. Telle une tâche d'encre, la brûlure s'étendit rapidement traçant rapidement un cercle calciné d'une centaine de mètres de diamètre. Les fusées stabilisatrices crachaient de petites bouffées de gaz, illuminant brièvement l'atmosphère légère qui s'ionisait en de petits éclairs irisés. Lentement la masse pesante de la navette s'approchait du sol, oscillant comme si elle cherchait encore en hésitant un endroit confortable où se poser.<br/>Bourdonnant, les trains d'atterrissage se déployèrent et, après une dernière bouffée de chaleur, les moteurs se turent. L'engin se posa enfin, s'enfonçant de plusieurs centimètres dans la roche friable. Un sas s'ouvrit dans son flanc, laissant passer plusieurs hommes en scaphandres, qui descendirent avec précaution l'échelle. Ils franchirent le dernier mètre d'un bond et en entrant brusquement en contact avec le sol ils soulevèrent la poussière noire qui le recouvrait.<br/>La région était riche en bactéries, qui constituaient la couche qui couvrait naguère la roche : on pouvait donc penser que de nombreux bloutchmorks vivaient dans les environs. Il suffisait de les cueillir, car la brûlure faite aux bactéries continuait à s'étendre et si celle-ci atteignait un bloutchmork, celui-ci mourrait rapidement, empoisonné par les gaz dégagés par celle-ci. Rapidement les contrebandiers se dispersèrent, ramassant les poches de liquide couvertes de pseudopodes et les posant délicatement dans des compartiments individuels. <br/><br/>La chasse avait été médiocre. De nombreux bloutchmorks étaient malingres, sans doute déjà rendu fragiles par la lente détérioration de l'atmosphère de la planète. La navette décolla dans un grondement qui fit trembler le sol stérile et après avoir gagné de l'altitude on pouvait constater l'étendue des dégâts : la blessure noire s'étendait sur une surface d'une centaine d'hectares et la brume avait prise une teinte verdâtre et maladive. Ce paysage hideux se retrouvait en de nombreux endroits du continent, qui était parcouru de marbrures brunes désertiques qui se détachaient sur les quelques zones bleues encore fertiles. <br/><br/>Rapidement la navette quitta l'attraction de l'astre moribond et regagna le vaisseau puissamment armé qui croisait en orbite. De vives et courtes explosions de lumière témoignait du combat qui s'y livrait contre les maigres chasseurs d'Oldée, qui protégeait en vain la Lune des contrebandiers. Le pilote, conscient de la précieuse cargaison que renfermaient les flancs de son appareil, louvoya habilement entre les tirs et s'engouffra à toute vitesse dans le couloir de garage du vaisseau mère. Un de ses collègues fut moins chanceux, et une autre navette qui revenait elle aussi de la chasse explosa et répandit sa précieuse marchandise dans l'espace encombré de débris. Les lumières du croiseur clignotèrent et après une hésitation les réacteurs s'allumèrent brusquement, illuminant l'espace comme deux nouveaux soleils. L'énorme masse accéléra avec une rapidité stupéfiante, laissant derrière elle deux longues traînées brûlantes. <br/><br/><br/>Les boissons à base de bloutchmork sont très efficaces. Elles provoquent des lésions saignantes à l'intérieur des boyaux, et notamment de l'estomac, de sorte que les composés actifs du bloutchmorks arrivent rapidement jusqu'au cerveau. C'est pour cette raison que les boissons sont toujours diluées. Mais évidemment il arrive qu'il y ait des accidents, comme en témoigne le cadavre aux yeux révulsés qui gît sur le sol. Du sang coule entre ses dents serrées : sans doute s'est-il sectionné la langue dans une dernière convulsion.<br/>Pendant les premières minutes après la consommation, bu ou fumé, les substances provoquent des hallucinations incroyablement réalistes et imaginatives.<br/>Quand ce premier effet s'est dissipé, le bloutchmork est un euphorique très puissant, mais aussi un excitant. Tout bon bar à bloutchmork a en réserve de nombreuses et solides camisoles de forces, ainsi que plusieurs videurs à disposition : un mauvais dosage et un paisible consommateur se transforme en un psychopathe forcené qui claquant des dents, tremblant et suant, se jette la bave aux lèvres sur son plus proche voisin pour le ruer de coups incontrôlés et frénétiques. Mais ce sont des cas relativement rares, la plupart du temps les symptômes les plus gênants sont une respiration et un battement du cœur accélérés, des vomissements et de légers tremblement persistant souvent pendant plusieurs heures. Au bout de six mois de consommation trop intense (et nombreux sont ceux dépassant les doses admissibles), les effets recherchés de la boisson s'atténuent, ainsi que les troubles allant de pairs. En revanche l'accoutumance fait que l'organisme ne peut plus s'en passer, et à jeun le drogué est pris de torpeur et sombre dans la paresse, pouvant aller jusqu'à oublier de respirer et mourir étouffé. <br/><br/>Le premier inconvénient de cette drogue est commun à celui de toutes les autres : elle entraîne une dépendance, et à cause du prix de celle-ci, provoque de nombreuses activités délictueuses. Mais le puissant lobby pro-drogue a des appuis hauts placés, au sein même du gouvernement, et on est loin de sa pénalisation.<br/>En attendant la terre des bloutchmork se transforme rapidement en désert et nombreux de nos concitoyens sombrent dans une drogue qui les conduit à la mort.<br/><br/>Sidoine ,<br/>0 258,824j - 18/06 19:47