Fantaisies d'un poète, écrites pendant la guerre de 14-18 - alors qu'il servait comme artilleur. Apolinnaire, blessé, mourra à la fin de la guerre, emporté par la grippe espagnole. Ce recueil semble témoigner d'une magnifique tentative de sublimation du sombre quotidien de la guerre - ou alors d'une trop parfaite insouciance; quand, par exemple, les tirs d'obus deviennent illustrations des états d'âme d'Apolinnaire :
Le ciel est étoilé par les obus des Boches
La forêt merveilleuse où je vis donne un bal
Mais avez-vous le mot
Eh ! oui le mot fatal
Aux crénaux Aux crénaux Laissez là les pioches
Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons
Coeur obus éclaté tu sifflais ta romance
Et tes mille soleils ont vidé les caissons
Que les dieux de mes yeux remplissent en silence
Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons (...)
Fausse insouciance; cet Adieu du cavalier, c'aurait pu être celui d'Apolinnaire :
Ah Dieu ! que la guerre est jolie
Avec ses chants se longs loisirs
Cette bague je l'ai polie
Le vent se mêle à vos soupirs
Adieu ! Voici le boutte-selle
Il disparut dans un tournant
Et mourut là-bas tandis qu'elle
Riait au destin surprenant
tragique ironie d'un homme qui, tout en sachant que la mort menace, continue de rire d'elle, comme une injure.
Une épitaphe seulement :
Fête
Feu d'artifice en acier
Qu'il est charmant cet éclairage
Artifice d'artificier
Mêler quelque grâce au courage
Deux fusants
Rose d'éclatement
Comme deux seins que l'on dégrafe
Tendent leur bouts insolemment
IL SUT AIMER
quelle épitaphe
Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d'arrêt
Des roses mourir d'espérance (...)"