Début des années 20. Louis Aragon a près de vingt-cinq ans. Le surréalisme n'existe pas encore, mais lui et ses potes défraient déjà la chronique en foutant la merde (pour parler djeun's) au cours de dîners, représentations de théâtre ou expositions entre gens très respectacles, où ils sont invités en tant que jeunes artistes. Bastons, intervention de la police, en bref ce sont de vrais sauvageons, qui revendiquent une nouvelle vision du monde, un renversement du systême bourgeois - ce système qui avait finalement donné naissance à une guerre absurde.
Ce recueil ne raconte pas - hélas - les exploits de dadaïstes (le mouvement de ces djeun's littérateurs sans scrupules). Mais c'est un bref tableau de l'état d'esprit de Louis Aragon à cet époque.
Notons de jolis morceaux de bravoure :
Suicide
A b c d e f
g h i j k l
m n o p q r
s t u v w
x y z
Une fois pour toutes
Qu'est-ce que parler veut dire?
- Semer des cailloux blancs que les oiseaux mangeront.
Que redoutez-vous le plus au monde?
- Certains animaux lents qui se promènent après minuit autour des arbres de lumière; les autobus aussi.
Qu'auriez-vous voulu être?
- Le passé, le présent, l'avenir.
Qu'appelle-t-on vertu?
- Un hamac de plaisir aux branches suprêmes des forêts.
Courage ?
- Les gouttes de lait dans la timbale d'argent de mon baptême.
Honneur ?
- Un billet d'aller et retour pour Monte-Carlo.
Aimez-vous la nature?
- Sur mon berceau parfois se penchant un lévrier triste comme les bijoux ensevelis sous la mer. Des flammes dansantes passaient au-dessus de mon front avec des colliers de marguerites. Des dames faisaient la révérence devant le crépuscule. Un beau soir il n'y eut plus personne au bord de l'eau.
Qu'est-ce que l'amour?
- Un anneau d'or dans les nuages.
Qu'est-ce que la mort?
- Un petit château-fort sur la montagne.
. . . . . . . . . . . . . . . .
- Un palais fermé par les plantes, un glaçon sur le cours de la ville, un regard vers le paradis.
Je ne vous demandais rien.
- Ah?